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Pour réussir une traversée (comme celle du Népal), faut-il un peu de chance ?

Pour réussir une traversée (comme celle du Népal), faut-il un peu de chance ?

Question plutôt surprenante, n'est-ce pas ?

Je me la suis posé vers le 3e mois, lorsque cette traversée était déjà bien entamée. Je pense qu'il fallait un peu de recul pour pouvoir se poser cette question cruciale.
J'avais quasiment tout planifié dans un jour par jour assez bien réalisé. Mais je savais pertinemment que sur un tel parcours, il y aurait des imprévus. Mais lesquels, et sous quelles formes...là je n'avais pas les réponses avant de partir. Maintenant, oui !

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Je dois donc le concéder, il faut un minimum de chance. Certains diront, un bon Karma, oui aussi, mais il faut avouer que parfois il faut aller de l'avant pour en profiter avant qu'elle vous lâche.

Je vais donc vous dévoiler ce que j'estime comme " bon Karma " et ce dans l'ordre de progression.

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1  De l'eau, tu émergeras...

Commençons par Anne, car c'est elle qui a débuté la série. La jonction entre Mugu et le Dolpo n'est pas un long chemin tranquille, malgré ce que laisse entrevoir la carte. Nos " amis " de Katmandou ont eu la riche idée de positionner 5 ponts sur deux torrents qu'il faut impérativement traverser.

Ne les cherchez pas, mais essayez plutôt de trouver les arbres les plus propices à traverser cette eau en furie. Troncs coupés par l'homme ou naturellement tombés en travers du cours d'eau, peu importe, il faut les dénicher. D'entrée, un peu de chance est nécessaire.

Mais lorsque vous basculez d'un tronc glissant pour être emporté dans les flots, là il est préférable d'avoir un " Big Karma ". Un paquet de branchages en contrebas est aussi d'une grande utilité pour sortir de ce mauvais pas. Essayez de nager avec votre gros sac dans un torrent en crue, vous me direz...


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2  De la crevasse, tu sortiras...

Je ne suis pas en reste, j'ai eu mon lot de " blagues ", la fatigue aidant.

En cherchant un camp avant de couper le col du Saribung, j'ai eu la malchance de traverser une crevasse. Oh, pas une énorme comme dans les films, mais juste une assez large pour vous faire plonger 10 mètres plus bas avec tout votre matériel. Et alors ?

Eh bien, je ne suis pas tombé au fond.

En effet, je marche toujours avec un sac photo relativement conséquent sur le ventre, et pour une fois il m'a vraiment sauvé d'un faux pas. Je me suis donc retrouvé en suspension, mes 2 sacs posés sur les 2 bords de la crevasse. Ce sont eux qui m'ont retenu, me laissant les jambes dans le vide. Il a fallu faire un peu de contorsion pour s'extirper de ce trou béant...il était temps de chercher un camp pour la nuit...

Qui plus est, 5 minutes plus tôt j'avais déjà été visiter une première, pleine d'eau. Pas très intéressant à 5600m...

Certains me diront  : " Tu n'avais pas une corde ? ". A deux, avec 30m et mon poids, si je passe à travers, Anne me suis dans la foulée. Alors, autant y aller seul, non ?


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3  Dans la pente, tu remonteras...

Deux nouvelles frayeurs, à contre coup...

La première, en reconnaissance dans une pente herbeuse très raide. La descente n'était pas si compliquée, mais l'herbe et le terrain étaient eux très handicapants. Au moment de remonter, avec le poids du sac, un passage d'escalade entre terre et racines m'a plongé dans de longues minutes d'intense stress. Une simple erreur et il fallait apprendre à voler de toute urgence...

Le second, après à un gros éboulement, m'a vraiment secoué. En cherchant un sentier de l'autre côté de ce glissement de terrain, le sol s'est de nouveau mis à se déplacer en respectant l'apesanteur, et moi avec...Une seule idée en tête, trouver une racine et vite. Elle était là, la seule, l'unique, la salvatrice...


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4  Le bon col, tu trouveras...

Sortons un peu du dramatique, car la chance a de nombreux aspects.

Pour passer du Khumbu au Makalu, il y a trois cols à franchir et pas des moindres (Amphu Lapsa, West et Sherpani pass).

Pour l'Amphu Lapsa, il faut réaliser 30m d'escalade en mixte, pas trop difficiles, mais à 5700m et avec le poids du sac, il est nécessaire de se convaincre qu'il ne faut pas compter sur l'erreur...

Le West col est assez simple, tout droit en se servant d'une corde fixe. Mais il s'agit d'un type de corde qui n'a rien à faire dans cette situation, du nylon pour attacher les bagages...La poignée jumar glisse rapidement dessus, les crampons aluminium ainsi que le piolet, eux, n'arrivent pas à pénétrer dans la glace : 150m de stress dans une pente à plus de 50 degrés.

Le col du Sherpani n'était, quant à lui, pas exploitable. Celui d'à côté n'était pas mieux, et le dernier, le East col était du même niveau. Une belle souricière à plus de 6000m...

La neige et le vent avaient créé de grosses corniches que nous ne pouvions franchir, fallait-il renoncer et retourner en arrière ?

Une petite voix me disait d'aller voir ce qui semblait être un tout petit col, au pied d'un sommet entre le Sherpani et le East pass. Mais jambes se refusaient à me soutenir dans cette idée, mais le mental a gagné, cette fois. Un gros effort, malgré le découragement, m'a permis de trouver le col salvateur. Il ne restait plus qu'à rejoindre la moraine par un petit couloir relativement sécurisé.

Il faut avouer que personne ne passe ces trois cols sans équipe, habituellement...


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5 Le temps clément, avec toi sera...

Oui, il faut en tenir compte, cela fait partie des réalités de terrain lors d'une traversée sujette à la mousson.

Je dois avouer que nous avons été gâtés, seulement 3/4 jours de pluie avant de rejoindre le sud du Manaslu. Nous sommes passé au travers de la mousson, rien que cela. Une chance inouïe, car le même itinéraire sous une pluie continuelle peut avoir raison du plus fort des morals.

Lorsque la neige est tombée dans le haut de la Rolwaling, nous n'étions pas encore au pied du Tashi Lapsa. Nous étions dans le bon timing.

Idem pour les trois cols, mais nous avons dû attendre 2 jours au camp de base du Baruntse une ouverture pour franchir le West col. Puis, 3 jours de beau temps pour rejoindre le camp de base du Makalu, la chance nous souriait à nouveau.

Bon après, tout a dégénéré rapidement, la neige est tombée en abondance nous masquant l'itinéraire entre le Makalu et le village de Hongon. Une épreuve de force qui a eu raison de notre santé...


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Donc oui, je dois l'avouer, il faut un minimum de chance pour pouvoir parcourir un itinéraire aussi complexe. Comme je l'ai écrit dans un précédent article, il est facile de trouver plus long, plus de dénivelées, mais la traversée du Népal (GHT) par une version aussi Nord reste d'une grande difficulté.

Je vous invite donc à prendre en considération toutes ces données avant de vous lancer dans cette Aventure.


Mais que cela ne vous empêche pas de la tenter, il existe de multiples variantes pour traverser le Népal.


laurent.neg.1

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4 comms   page 1/1
 
Gerard17 février 2016
Tu avais pris un billet de loto avant de partir? non? dommage...
PauloURL      8 février 2016
De la Chance…
C'est effectivement le mot que l'on emploi le plus souvent.
J'aimerais plutôt penser à une synchronisation optimum entre de multiples rouages.
Et avec certain dont nous n'avons pas le pouvoir d'agir ou d'interagir.
Une conjonction assurément de compétence, de savoir être, et surtout le fait d'avoir choisi en pleine conscience et d'accepter avec bienveillance ce qui arrive et de trouver une juste réponse.
De chance… non, je ne crois pas. C'est la vie toute simple qui s'écoule.
Bonne route
Paulo_depuis La Grave
Laurent le Belge27 janvier 2016
Pour ta presque "visite" dans la crevasse, tu avais quand même pris le sac photo que je connais, car tu avais pris des petits boitiers non, pas le gros Nikon ?
Tu as bien fait de le prendre, si j'ai bien lu ;-)
Hugues27 janvier 2016
Merci Laurent pour ces remarques...valables également dans la vie de tout les jours et dans des conditions bien plus "confortables".
Il faut aussi un peu de chance au quotidien.
Là plus de crevasses ou de torrents à traverser ou de cols à trouver.
Simplement, éviter les embûches de notre "civilisation".
Ton expérience est très importante à ce sujet.

Yéti : Merci Hughes

  
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Pour réussir une traversée (comme celle du Népal), faut-il un peu de chance ?